Mieux comprendre l'abstention

Mieux comprendre l'abstention

Selon un sondage publié par l’institut indépendant Odoxa Backbone pour Le Figaro, si la campagne présidentielle ne se montre pas davantage mobilisatrice, le taux d’abstention sera « historique » lors du premier tour des présidentielles 2022. Quelles sont les raisons de l’abstention ? Y a-t-il un profil abstentionniste ?

Selon un sondage publié par l’institut indépendant Odoxa Backbone pour Le Figaro, si la campagne présidentielle ne se montre pas davantage mobilisatrice, le taux d’abstention sera « historique » lors du premier tour des présidentielles 2022. Quelles sont les raisons de l’abstention ? Y a-t-il un profil abstentionniste ?

Reprenons les bases

Les chiffres clés de l'abstention

0 %
des 18 - 24 ans ne sont pas allés voter pour les législatives de 2017¹
0 ans
de montée inexorable de l’abstention en France, notamment chez les plus jeunes²
0 %
d’abstention des jeunes aux régionales et européennes³
0 %
d’employés et ouvriers à l’assemblée nationale ils représentent pourtant 50% de la population active⁴

¹OpinionWay pour SciencesPo Janvier 2019 – ²Ministère de l’intérieur, juin 2017 – ³Institut BVA, 2016, 18 – 24 ans – ⁴Observatoire des inégalités, novembre 2018

Les causes de l'abstention

Les solutions envisagées

Contre l’abstention « subie » comme la mal-inscription, il est crucial de penser à des solutions facilitatrices du vote. Plusieurs voix s’élèvent désormais en faveur de l’inscription automatique du citoyen lors d’un déménagement (solution aussi proposée dans le rapport de l’Assemblée Nationale).

De manière plus générale, il en ressort trois grands axes de réflexion : lever les obstacles à l’expression du suffrage, repenser la démocratie représentative et encourager la mobilisation éclairée des électeurs.

Qui sont les abstentionnistes ?

Les abstentionnistes intermittents

Ils votent de temps en temps selon les élections, on ne connait pas si bien les déterminants de leur mobilisation ou non.

Les mal-inscrits

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de mal-inscrits en 2012

Les abstentionnistes durables

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d'abstention systématique en 2017 contre 8.6% en 2007

L'abstention, plus forte chez les jeunes ?

On observe que l’abstention est plus forte chez les jeunes, quelle que soit l’élection en jeu. Les élections présidentielles de 2017 enregistrent un taux d’abstention de presque 30% pour les moins de 35 ans (29% chez les 18-24 ans, 28% des 25-34 ans) contre 12% chez les 70 ans et plus.

Pour les régionales, les chiffres explosent : 87% des 18-25 ans n’ont pas voté au premier tour. 

Le taux d’abstention est moins fort dans les catégories d’âges au-dessus de 35 ans. En tout, 79% des moins de 35 ans ne se sont pas rendus aux urnes pour les élections régionales contre 42% d’abstentionnistes chez les 70 ans et plus.

 

« C’est entre les différentes classes d’âge que les écarts de participation sont les plus marqués »

Céline Braconnier, Baptiste Coulmont, Jean-Yves Dormagen, « Toujours pas de chrysanthèmes pour les variables lourdes de la participation électorale. Chute de la participation et augmentation des inégalités électorales au printemps 2017 », Revue française de science politique, 2017/6, Vol. 67, pages 1023 à 1040.

Les raisons de la démobilisation électorale chez les jeunes sont diverses :

  • désacralisation du vote comme devoir civique;
  • rupture de la confiance envers les élus et le système de représentation;
  • mécontentement à l’égard de la politique et des politiciens.

 

Il y a aussi un manque d’information concernant les compétences de la région et du département, et ainsi des enjeux de ces élections.

Plus d'1/3 des jeunes se détournent de la politique et des partis traditionnels.
34%
Près de la moitié des jeunes ne se reconnaissent dans aucun candidat, parti ou réforme.
45%
Près de la moitié des jeunes qui votent systématiquement le font car ils estiment que voter est déterminant pour la situation du pays.
49%
Moins d'1/3 des jeunes qui votent systématiquement estiment que la politique a un impact sur leur vie.
30%

Les catégories socio-professionnelles sont-elles déterminantes ?

L’abstention touche toutes les catégories sociales, et catégories d’âges qui composent le corps électoral, mais présente tout de même des facteurs démographiques et sociaux déterminants.

Lors du premier tour de l’élection présidentielle de 2017, le taux d’abstention est de à 11,4 % chez les titulaires d’un diplôme de Bac +5, et de 37,6 % pour ceux qui n’ont aucun diplôme.

L’abstention des ouvriers au premier tour est de 24,6 %, tandis que celle des cadres et professions intellectuelles supérieures atteint 11,6 %.

 

30%

D’abstention au 1er tour des élections présidentielles de 2017  chez les électeurs dont le niveau de revenu du foyer est inférieur à 1250€ par mois.

16%

D’abstention au 1er tour des élections présidentielles de 2017 chez  chez les électeurs dont le niveau de revenu du foyer est égal ou supérieur à 3000€ par mois.

La mal-inscription quézaco ?

Lorsqu'une personne est inscrite à une autre adresse que son lieu de résidence, on dit qu'elle est mal-inscrite

Le terme nous vient de Céline Braconnier, directrice de Sciences Po Saint-Germain-en-Laye et spécialiste des questions de la participation électorale.  En France, après un déménagement par exemple, le changement de bureau de vote n’est pas automatique. L’inscription repose sur une démarche volontaire, et présente une inadaptation par rapport au mode de vie de certaines catégories de populations (étudiants déménageurs, populations actives très mobiles etc).

Le rapport publié par l’Assemblée Nationale précise que la majorité des mal-inscrits sont les jeunes.

M. Jean-Yves Dormagen, professeur de science politique à l’université de Montpellier a mené une expérience de facilitation de vote avant les élections de 2012. En proposant, via du porte-à-porte, de s’occuper des démarches administratives pour l’inscription sur les listes électorales, 93% des personnes inscrites par ce biais avaient voté au moins une fois lors de ces élections.[2]

[2] Céline Braconnier, Jean‑Yves Dormagen et Vincent Pons, « Voter Registration Costs and Disenfranchisement: Experimental Evidence from France », American Political Science Review, Cambridge University Press, vol. 111, n° 3, 2017, pp. 584-604.

Sources

OpinionWay pour SciencesPo Janvier 2019  Ministère de l’intérieur, juin 2017

Institut BVA, 2016, 18 – 24 ans

Observatoire des inégalités, novembre 2018

Céline Braconnier, Baptiste Coulmont, Jean-Yves Dormagen, « Toujours pas de chrysanthèmes pour les variables lourdes de la participation électorale. Chute de la participation et augmentation des inégalités électorales au printemps 2017 », Revue française de science politique, 2017/6

Céline Braconnier, Jean‑Yves Dormagen et Vincent Pons, « Voter Registration Costs and Disenfranchisement: Experimental Evidence from France », American Political Science Review, Cambridge University Press, vol. 111, n° 3, 2017

Rapport d’information n°4790 de l’Assemblée Nationale visant à identifier les ressorts de l’abstention et les mesures
permettant de renforcer la participation électorale

Sondage Ipsos/steria sur la sociologie de l’électorat au 1er tour des présidentielles de 2017

Sondage Odoxa : « les jeunes et la politique » pour Franceinfo et Dentsu consulti